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Pourquoi avons-nous besoin des requins (et autres grands prédateurs marins) ?

Pourquoi avons-nous intérêt à protéger les requins, alors qu’ils mangent le poisson des pêcheurs, alors qu’ils sont une menace pour les baigneurs ? Est-ce si grave de voir que près de 100 millions de requins sont pêchés chaque année pour leurs ailerons et le tiers des 465 espèces est menacé d’extinction, tel le poisson-scie pratiquement disparu des eaux ouest-africaines ? Il existe bien des raisons d’ordre économique, culturel ou moral de nous alerter, mais nous nous intéressons ici aux raisons écologiques : pourquoi la nature a-t-elle besoin des requins et autres grands prédateurs pour son équilibre ?

Dans la chaine de la vie, dans la chaine de qui mange qui, les requins sont tout en haut : on les appelle pour cela des super-prédateurs. Ils se nourrissent eux-mêmes de poissons prédateurs (carangues, barracudas, thons par exemple). Ces derniers capturent à leur tour des poissons fourrage qui se nourrissent de végétation aquatique (mulets, tilapias) et de plancton (sardinelles, ethmaloses). C’est toute une chaine alimentaire : si l’on retire les requins les prédateurs vont se multiplier et vont épuiser les stocks de poisson fourrage.  De cette façon les requins, en contrôlant les populations de prédateurs,  protègent les poissons qui sont à la base de la pyramide alimentaire et évitent que ne disparaissent sardinelles, mulets et autres tilapias.

Pour prendre un exemple concret : les requins se nourrissent en attaquant les bancs de carangues qui, elles-mêmes, se nourrissent dans les bancs de mulets. La diminution des requins entraine une augmentation des carangues qui risque à son tour d’entrainer une diminution des mulets alors que ces derniers, par leur nombre, sont très importants pour l’alimentation humaine. Autre exemple, observé cette fois dans l’archipel des Bijagós : la diminution drastique des requins a fait exploser la population de raies pastenagues qui constitue une de leurs proies favorite. Or les raies pastenague sont venimeuses et causent des blessures graves aux femmes qui vont collecter les coquillages, aux pêcheurs à pied ou aux touristes qui se baignent.

Quand  les requins sont en chasse, ils capturent plus facilement les individus moins rapides ou moins agiles : ils éliminent les individus vieux, malades ou inexpérimentés, et contribuent ainsi à maintenir les populations de leurs proies en bonne santé. De nombreuses espèces de poissons comme les sardinelles, les chinchards ou les mulets vivent en bancs qui regroupent des centaines ou des milliers d’individus. Ce comportement est fait pour mieux se protéger des prédateurs. C’est donc grâce aux prédateurs qu’il y a des bancs de poissons, ce qui permet aux pêcheurs de capturer des quantités importantes de poissons en un seul coup de filet. De plus, les prédateurs qui chassent ont pour effet de faire remonter les bancs près de la surface de la mer. Ils sont alors visibles pour les oiseaux de mer qui viennent pêcher au-dessus des bancs donnant ainsi une indication utile aux pêcheurx pour détecter la présence des poissons.

La présence de prédateurs oblige les proies à développer toutes sortes de stratégies de défense (camouflages, venins, piquants, comportements divers) qui ont conduit à la diversification des espèces, à la diversité biologique.

Ce qui est vrai pour les requins l’est aussi pour tous les prédateurs, et même ceux qui se trouvent vers le bas de la pyramide alimentaire. Prenons l’exemple des petits pélagiques comme les sardinelles (yaboye) ou les ethmaloses (bonga). Ils se nourrissent de plancton, tout comme les méduses. La diminution de leurs effectifs a offert plus de ressources alimentaires aux méduses qui se sont multipliées au point de devenir invasives. Leurs densités sont parfois si élevées qu’elles peuvent empêcher les usines de dessalement d’eau de mer de fonctionner en bouchant les conduites ! Ou remplir les filets des pêcheurs, ou rendre la baignade sur les plages impossible et annihiler l’attraction d’un site balnéaire.

Les partenaires du PRCM s’investissent depuis de longues années, notamment dans le cadre de la CSRP, en faveur de la conservation des requins et du poisson-scie. Un Plan d’action régional et des Plans d’action nationaux ont été élaborés dans ce sens avec les Ministères des Pêches et s’accompagnent d’activités de recherche, de formations et de développement alternatif. De son côté le réseau régional d’aires marines protégées, le RAMPAO, contribue à la conservation des requins en protégeant quelques sanctuaires où les requins et autres prédateurs comme le phoque moine ou les dauphins, peuvent se reproduire en paix. Ces initiatives cherchent à s’enraciner auprès de la jeunesse par des actions d’éducation environnementale, notamment dans le cadre du programme régional PREE mis en œuvre par les partenaires du PRCM.

 

Références bibliographiques

Trente années d'exploitation des Requins en Afrique de l'Ouest 2011, Mika Diop, Justine Dossa - FIBA, CSRP, PRCM

Plan d’Action international pour la conservation et la gestion des requins - FAO

Plan d’action sous-régional pour la conservation des requins en Afrique de l’ouest - CSRP

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