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Répercussions socio-économiques du changement climatique

Pour le secteur de la pêche : l’augmentation des températures de la mer entrainera le déplacement des espèces vers des eaux plus froides et donc un manque à gagner pour les pays tropicaux. La plus grande fréquence des tempêtes aura des conséquences sur les opportunités de sortie en mer, sur la sécurité, ainsi que sur les risques de destruction des embarcations ou d’inondation des villages de pêcheurs, comme cela a déjà pu être observé dans notre sous-région mais de façon encore exceptionnelle. Les ressources en coquillages, qui constituent un élément vital pour les communautés, seront affectées par l’augmentation des températures de surface de la mer, la montée du niveau marin et l’acidification de l’océan. Dans une analyse regroupant 132 pays, des chercheurs ont estimé que les 2/3 des pays les plus vulnérables vis-à-vis de ces risques se situent en Afrique. Des projections montrent que le secteur pourrait perdre 50% de ses emplois dans notre région d’ici à 2050 et une perte annuelle de 311 millions USD.

Tourisme : en tant qu’activité surtout présente en zone côtière, le tourisme sera directement affecté par l’évolution des paramètres climatiques (températures, pluies, force du vent), des paramètres aquatiques (températures de surface, espèces invasives telles que les algues ou les méduses) ou des risques côtiers (érosion, inondations). Les surfaces de plages disponibles seront réduites en raison de l’érosion et de la montée du niveau marin, induisant des impacts considérables sur cette industrie et les économies locales qui en dépendent. Des coûts additionnels seront à prévoir pour la protection des côtes et des infrastructures. Ces changements vont influer globalement sur l’attractivité des destinations et sur les préférences des touristes et vont exiger des stratégies adaptatives de la part des opérateurs.

Agriculture : Au fil des générations les paysans africains ont développé une agriculture à 98% pluviale. Maintenant que le changement climatique va augmenter la fréquence des sècheresses et des inondations il va devenir problématique de produire des aliments en quantité et qualité régulières. Si l’on projette cette situation dans les perspectives de croissance démographique il faudra cependant augmenter la production de près de 60% à l’horizon 2050. De plus, l’augmentation récente du prix des denrées alimentaires aggrave l’insécurité alimentaire et les risques de malnutrition notamment parmi les populations urbaines pauvres. 

Santé : le changement climatique aura des effets directs et indirects sur la santé humaine incluant les stress de chaleur, les incidences de certaines maladies telles que le paludisme ou la méningite, l’expansion géographique ou saisonnière de certaines bactéries, les répercussions liées à la faim et à la malnutrition ainsi que les maladies provoquées par la mauvaise qualité de l’eau potable. Le développement d’algues toxiques aura des effets sur la santé des écosystèmes affectant la productivité côtière, les zones de nurseries, la biodiversité et la santé humaine via la consommation de produits de la mer contaminés.

Infrastructures côtières et urbanisme : toutes les capitales et plusieurs grandes villes des 7 pays du PRCM se situent sur le littoral. Certaines comme Nouakchott, St Louis ou Banjul font déjà l’expérience des conséquences de l’érosion côtière et de la montée du niveau marin : inondations, pollution des nappes phréatiques, dégradation des habitations et des infrastructures avec des impacts particulièrement forts sur les populations plus vulnérables. Une étude consacrée à la ville de Nouakchott a évalué le coût économique des impacts potentiels du des risques d’inondations à près de sept milliards USD. Le rapport du GIEC cite l’exemple d’un évènement observé à Durban (Afrique du Sud) où un niveau élevé de la mer combiné à un cyclone a généré une houle de plus de 14 m qui a provoqué des dommages estimés à 100 millions de USD.

Il est important de noter que ces risques viennent s’ajouter aux difficultés déjà rencontrées dans ces différents secteurs tels que la surpêche et la pollution marine, les troubles politiques ou les risques d’épidémie qui impactent le tourisme. De ces quelques constats on retiendra que les populations les plus affectées par les impacts du CC sont celles qui sont déjà considérées comme les plus vulnérables vis-à-vis des besoins en développement. C’est ainsi que, dans le classement mondial des pays les plus vulnérables au CC la Guinée-Bissau et la Sierra Leone figurent aux 2° et 3° place respectivement : un défi qui doit mobiliser les partenaires du PRCM ! 

Allison, EH et al. (2009). Vulnerability of national economies to the impacts of climate change on fisheries. Fish and Fisheries, Blackwell Publishing Ltd.

Cheung, WWL et al. 2013. Signature of ocean warming in global fisheries catch. Nature 497

Gates, S (2013). These Countries Face The Biggest Threats From Climate Change. Huffington Post

Lam, VWY et al. (2012). Climate Change Impacts on Fisheries in West Africa: Implications for Economic, Food and Nutritional Security.  African Journal of Marine Science

Senhoury A (2014) Aménagements portuaires et urbanisation accelerée des côtes basses sableuses d’Afrique de l’Ouest dans un contexte de pejoration climatique, cas du littoral de Nouakchott (Mauritanie). Thèse d’Etat de l’Université de Dakar. April 29, 2014, 157 pp

Weatherdon, L. et al. (2015). The Oceans 2015 Initiative, Part II: An updated understanding of the observed and projected impacts of ocean warming and acidification on marine and coastal socioeconomic activities/sectors, Studies N°03/15, IDDRI.