Le lamantin et la légende de Mami Wata

Est-ce parce qu’il est très secret que le lamantin est devenu un animal de légende ? Est-ce parce que son souffle, quand il vient respirer à la surface de l’eau, s’apparente à des soupirs ? Déjà, dans la Grèce antique, où l’animal a depuis disparu, il a donné naissance à la mythologie des sirènes, créatures fabuleuses mi-femmes mi-poissons, auxquelles les marins ne pouvaient résister.

En Afrique aussi, de l’Angola au Sénégal, le lamantin est à l’origine du mythe de Mami Wata, la Mère des eaux, à qui les pêcheurs doivent sacrifier pour apaiser les flots et faire des pêches fructueuses. Nombreuses sont les légendes qui racontent l’origine du lamantin : on raconte ainsi l’histoire d’une jeune femme qui se baignait au bord de la rivière ; surprise par un chasseur, elle a décidé de se jeter à l’eau pour cacher sa nudité, et s’est alors métamorphosée en lamantin…

Le lamantin ouest-africain fait partie de la famille des Siréniens, composée de 6 espèces différentes. Il se distingue des autres mammifères marins par son régime alimentaire essentiellement herbivore, d’où son surnom de vache marine ou de poisson-vache. Sa tête ronde, pourvue d’un museau et de lèvres charnus, lui permettent de brouter la végétation aquatique dans les eaux douces des fleuves ou les estuaires peuplés de mangroves et d’herbiers. Sa gourmandise l’entraine parfois à franchir les digues des rizières au grand dam des paysans. Il ne dédaigne pas non plus d’aller prélever quelques poissons dans les filets des pêcheurs ou de consommer des coquillages qu’il broie dans ses puissantes mâchoires. Son corps cylindrique, qui peut mesurer 3.5 m et peser jusqu’à 800 kg, est couvert d’une fine pilosité qui lui sert à détecter les vibrations dans l’eau généralement trouble dans laquelle il vit.

Comme les autres espèces de la famille, le lamantin ouest africain est menacé. Il peut arriver qu’il fasse l’objet de captures à des fins de cérémonies traditionnelles. Il est alors chassé à l’affut, à l’emplacement de sources marines d’eau douce où il vient se désaltérer. Seuls les hommes initiés peuvent le chasser et le découper, sous peine de devenir impuissant, ce qui constitue une manière de limiter les captures et d’assurer indirectement sa protection.

De nos jours les lamantins sont surtout menacés par la dégradation de leur habitat et les filets des pêcheurs artisans. La construction du barrage de Diama et autres plus petits barrages sur le fleuve Sénégal gêne désormais la mobilité des individus en fonction de la dynamique des crues, les piégeant lorsque les zones d’inondation s’assèchent. La disparition locale des mangroves porte également un lourd préjudice à l’espèce. Ses mœurs secrètes rendent difficiles les opérations de recherche et, par conséquent, l’évaluation précise des effectifs. Bien que les moyens financiers mis à disposition des scientifiques soient limités, le marquage de quelques individus par balise satellite a permis de documenter leurs déplacements sur une partie du fleuve Sénégal.

​La création de nombreuses aires marines protégées dans notre région, ainsi que les  actions d’éducation environnementale, constituent des éléments déterminants en faveur de la survie de l’espèce, de même que son classement à l’Annexe I de la CITES, Convention internationale sur le commerce des espèces sauvages. L’observation récente de groupes de quinzaine d’individus sur le fleuve Casamance ou dans l’archipel des Bijagós laisse en effet espérer un meilleur avenir pour cette espèce importante à la fois sur le plan culturel et naturel.

Les partenaires du PRCM s’engagent :

Outre les nombreuses AMPs contribuant à leur protection au sein du RAMPAO, les partenaires du PRCM agissent :

  • CBD-Habitat et l’Océanium ont procédé au sauvetage et marquage d’individus piégés par des barrages sur le fleuve Sénégal
  • Wetlands International a mobilisé les acteurs étatiques et non-gouvernementaux de la région pour produire des Plans d’Action nationaux et régional pour la conservation de l’espèce.
  • Les autorités nationales des pays du PRCM chargées de la protection de la nature ou des Pêches ont introduit des mesures règlementaires destinées à assurer la protection totale de l’espèce.