Depuis 150 millions d’années elles peuplent nos mers : 5 bonnes raisons pour protéger les tortues marines

Sur les 8 espèces de tortues marines qui peuplent les mers du globe, 5 sont observées régulièrement dans les eaux oust-africaines, dont 2 seulement se reproduisent en grands nombres. Entre 2000 et 3000 femelles de tortues caouannes pondent dans l’archipel du Cap Vert, principalement sur l’île de Boa Vista. En Guinée-Bissau, dans l’archipel des Bijagós, ce sont entre 7000 et 35000 pontes de Tortues vertes qui sont enregistrées chaque année.

Des efforts importants sont engagés par les partenaires du PRCM, mais pourquoi tous ces efforts ?

D’abord parce qu’elles appartiennent à notre culture, à notre imaginaire collectif. Ce sont des animaux proprement fabuleux qui surgissent de la mer la nuit, se hissant péniblement en haut des plagespour aller pondre, avant de retourner dans le monde du silence, et parcourir des milliers de km à travers les océans. Les tortues marines sont présentes dans la cosmogonie des peuples vivant en bord de mer, symboles de fertilité, de puissance sexuelle (on utilise ainsi des pénis séchés en guise d’amulette)  ou présentant des vertus médicinales particulières comme leur graisse pour soigner les rhumatismes.

Elles constituent un patrimoine commun à notre région. Ainsi les Caouannes du Cap Vert, suivies par des balises satellites, migrent après la ponte au large des côtes, de la Mauritanie à la Guinée. Les tortues vertes des Bijagós se déplacent le long des côtes vers la Gambie, le Sénégal et la Mauritanie où elles se reconstituent en se nourrissant sur les herbiers marins du Banc d’Arguin. Traversant ainsi les mers de notre sous-région, leur conservation repose sur notre responsabilité collective.

Les tortues participent à la bonne santé de notre environnement marin. Plusieurs espèces se nourrissent d’algues et contribuent ainsi au contrôle de cette végétation qui peut devenir envahissante, une situation dont la fréquence semble augmenter avec le réchauffement des océans. D’autres ont une alimentation à base de méduses, dont les populations ont aussi tendance à proliférer probablement en raison de la diminution des poissons petits pélagiques qui, comme les méduses, se nourrissent de plancton.

Par la fascination qu’elles exercent chez l’homme, elles constituent des éléments précieux du développement de l’écotourisme. Les visiteurs sont capables de venir de loin pour assister au spectacle fabuleux de ces animaux sortis du fond des âges et surgir de la mer pour aller déposer leurs œufs en haut des plages.

Enfin, ces efforts de protection se justifient car toutes les espèces de tortues marines sont  vulnérables ou en danger d’extinction. Elles souffrent en effet de la prédation au stade juvénile par les poissons, les oiseaux, les crabes ou les varans, des captures de la pêche, de la pollution marineet en particulier des sacs en plastique qu’elles confondent avec des méduses et qui provoquent des occlusions intestinales, de l’érosion des plages ou des prélèvements de sable pour la construction, del’artificialisation du littoral en général. A ces causes s’ajoutent les effets du changement climatique : ainsi le sexe des jeunes à la naissance est déterminé par la température du sable, le réchauffement favorisant les femelles ; d’autre part, la montée du niveau marin réduit les surfaces de plages disponibles à la ponte. Toutes ces causes se conjuguent pour menacer les populations de tortues.

Les partenaires du PRCM s’investissent :

La grande majorité des aires marines protégées du RAMPAO sont investies dans la protection des tortues marines.

Plusieurs ONGs nationales comme le Village des Tortues au Sénégal ; Nature Mauritanie, ; Biosfera, Amigos do Calhau, FundaçãoTartaruga ou Natura 2000 au Cap Vert ; Guinée Ecologie en Guinée.

Les Institutions publiques (DPN au Sénégal, IBAP en Guinée-Bissau, INDP au Cap Vert, en charge de la biodiversité dans l’ensemble des pays du PRCM sont engagées à titres divers, en fonction de la vocation spécifique de leur zone côtière vis-à-vis des tortues marines.

Crédit Photo : PRCM/Hellio Van ingen