Dégradation de la zone côtière d'Afrique de l'Ouest : Près de 2 000 milliards Fcfa de perte et 13 000 morts enregistrés chaque année

Le constat saute à l’œil. La zone côtière, en Côte d'Ivoire, est fortement dégradée. Et cela s'accentue année après année. La situation est d'ailleurs identique dans tous les pays de la bande côtière d'Afrique de l'Ouest.

La Banque mondiale a mené une étude (publiée officiellement le 14 mars 2019) en vue d'apprécier avec un peu plus d'exactitude, les conséquences de cette dégradation pour les pays concernés. Intitulée « Coût de la dégradation de la côte en Afrique de l’Ouest », l'étude dont s'est faite l'écho l'Agence Ecofin, s'est intéressée à quatre pays que sont le Bénin, le Togo, la Côte d’Ivoire et le Sénégal pour la période 2017. Les conclusions sont alarmantes : 3,8 milliards de dollars (un peu plus de 2 000 milliards de Fcfa) soit l'équivalent de 5,3 % de leur Produit intérieur brut (Pib) de perte enregistrée.

Le plus dramatique, cette dégradation a causé le décès de plus de 13 000 personnes la même année (2017), principalement dus aux inondations et à la pollution de l'air et de l'eau. L'on estime à 20 millions le nombre de personnes (soit 36 % de la population totale des pays concernés) vivant sur le littoral ouest-africain qui s’étend sur 3 400 kilomètres. La zone génère à elle seule 56 % du Pib de la région considérée par l'étude. La Côte d'Ivoire, plus affectée. Parmi les quatre pays, certains sont plus affectés par le phénomène de la dégradation du littéral que d'autres. Ainsi, il est indiqué que, si les inondations provoquent des pertes évaluées à 1,45 milliard de dollars (plus de 448 milliards de Fcfa), la Côte d’Ivoire prend sur elle l’essentiel de cette facture avec 1,183 milliard de dollars (plus de 690 milliards de Fcfa) soit 2,9% de son Pib. Elle est suivie par le Sénégal (230 millions de dollars, soit plus de 134 milliards de Fcfa), le Bénin (29 millions de dollars, environ 17 milliards de Fcfa) et enfin le Togo (10 millions de Dollars, soit plus de 5,8 milliards de Fcfa).

La note devrait être encore plus salée, car, selon les experts, si les inondations ont augmenté sur les cinquante dernières années, cette tendance devrait se maintenir dans les années à venir. L’édition 2014 du “rapport sur l’état des villes africaines” soulignait que l'on devrait s’attendre à une vulnérabilité accrue des corridors et agglomérations aux pressions liées au changement climatique – inondations, ondes de tempête, montée des mers, salinisation et érosion des côtes le long de la ceinture côtière. Pour sa part, l’érosion affecte plus de la moitié de la côte des pays étudiés. Le Sénégal et le Bénin sont les pays les plus touchés par le phénomène (65% de leur littoral). Dans ce dernier pays, la mer gagne 4 mètres chaque année, avalant infrastructures et habitations d’une valeur de 117 millions de dollars (plus de 68 milliards de Fcfa), soit 1,3% de son Pib. Au Togo, c’est 4,4% du Pib (213 millions de dollars, soit plus de 124 milliards de Fcfa) qui sont perdus, tandis qu’au Sénégal, ce coût s’élève à 537 millions de dollars (plus de 314 milliards de Fcfa).

L’étude estime qu’en Côte d'Ivoire, le pays le plus affecté par les inondations, la dégradation du littoral a coûté près de 2 milliards de dollars (plus de 1 000 milliards de Fcfa) en 2017, soit l’équivalent de 4,9 % de son Pib. La Banque mondiale, dans son étude, s'est aussi intéressée à la gestion des eaux usées qui, pour l'ensemble des quatre pays, ne sont traitées qu'à hauteur de 10% sur les 335 millions de m3 produits annuellement. Le reste, va dans les rivières ou à la mer sans traitement. Cette situation contribue à la propagation des maladies liées à l’eau. Ces maladies coûtent particulièrement chères à la Côte d’Ivoire (450 millions de dollars, plus de 263 milliards de Fcfa) et au Sénégal (334 millions de dollars, plus de 195 milliards de Fcfa). La gestion des ordures est l’une des difficultés contribuant à la dégradation des zones côtières.

Si les populations côtières de ces pays produisent ensemble quelques 10 000 tonnes de déchets par jour, l’absence de décharges sanitaires les contraignent à les brûler ou à s’en débarrasser via des dépotoirs sauvages. Cette situation coûte 192 millions de dollars (plus de 112 milliards de Fcfa) soit 0,3% de leur Pib combinés aux quatre pays. Mesures de lutte. Pour lutter contre le phénomène, la Banque mondiale a initié le programme de gestion du littoral ouest-africain (Waca). Doté d’une enveloppe de 225 millions de dollars, il ciblera la construction d’infrastructures destinées à réduire l’érosion côtière. Ces infrastructures grises, comportent notamment épis, brise-lames, ouvrages de protection, revêtements et autres digues. Un accent sera également mis sur le développement d’infrastructures vertes. Celles-ci, naturelles ou artificielles, reproduisent les caractéristiques d’éléments protecteurs comme les récifs, les forêts de mangrove ou encore les dunes. Enfin, le programme pourra éventuellement contribuer au déplacement et à la relocalisation de populations menacées par la dégradation du littoral. Si pour Maria Sarraf, l'une des co-auteurs de l'étude, cet effort peut contribuer à réduire la pression sur les côtes, les populations quant à elles, ne doivent pas rester inactives. Ainsi, elles doivent adopter l’économie circulaire basée sur les 3R : « Réduire la production de déchets, Réutiliser les produits, et encourager le Recyclage ».

Elysée LATH - Linfodrome