De l’or noir sous le grand bleu

Avec la diminution des ressources en pétrole le prix du baril est à la hausse. Les gisements qui semblaient autrefois trop pauvres ou complexes à exploiter attirent les convoitises des compagnies. La carte des blocs offshore qui leur sont attribués au large de l’Afrique de l’Ouest montre que tous les pays sont potentiellement concernés. Il est légitime pour les Etats de considérer l’importance économique de cette ressource. Mais les accidents, et tous les forages connaissent des accidents petits ou grands, doivent inciter à la prudence. D’autant que les pays de la région ont, plus que tout autre, besoin d’un environnement marin en bonne santé pour protéger leurs intérêts dans les domaines de la pêche, du tourisme et de la sécurité alimentaire.

Les risques liés à l’industrie pétrolière offshore sont permanents depuis la phase de prospection jusqu’à la fermeture des puits. Les campagnes sismiques destinées à explorer les potentiels utilisent des canons à air comprimé qui tuent les larves de poissons et déroutent les baleines. Les forages utilisent nombre de produits chimiques qui intoxiquent l’environnement et peuvent provoquer des déversements accidentels. Le chargement du pétrole sur les plateformes de production puis son transport présentent aussi des dangers, surtout lorsque les navires sont des pétroliers à simple coque.
Les pétroliers ont coutume de dire que « là où il y a des crevettes, il y a du pétrole ». Mais là où il y a des crevettes il y a aussi souvent des herbiers marins, des mangroves et des vasières qui sont hyper vulnérables aux pollutions pétrolières. La valeur socio-économique de la pêche et la sensibilité écologique des littoraux créent un contexte exceptionnellement exigeant pour toutes les entreprises pétrolières ou gazières, ainsi que pour leurs partenaires locaux et mondiaux.

Il faut aussi rappeler que ces enjeux sont à mettre en perspective dans un cadre sous-régional dans la mesure où les courants marins transportent les pollutions au-delà des frontières. Les études d’impact ont montré qu’un accident au large de la Mauritanie pourrait avoir des répercussions jusqu’à Dakar. Une étude sur des gisements situés à la frontière entre le Sénégal et la Guinée Bissau montre que les nappes de pollution pourraient s’étendre de la Gambie à l’archipel des Bijagós, les courants de marée favorisant leur intrusion loin à l’intérieur des estuaires.
Au-delà de ces risques, l’exploitation pétrolière génère souvent des conflits : entre les gouvernements et les compagnies autour de contrats et de revenus pétroliers, entre les gouvernements et leur population au sujet de la redistribution des revenus, vis-à-vis des groupes tribaux au sujet des droits territoriaux et des compensations liées à la pollution. Les compagnies agissant en Afrique profitent en général de la vulnérabilité des Etats pour négocier des contrats injustes et ne respectent pas toujours les bonnes pratiques surtout quand elles interviennent au large, loin des regards.

Comment les pays de la région peuvent se protéger par rapport à ces risques ? Parmi les nombreuses priorités notons le besoin de :
Créer des capacités techniques nationales capables d’assumer des fonctions d’interface entre compagnies pétrolières, services de l’Etat et société civile, tout en maîtrisant un secteur spécifique de l’activité (environnement, économie, géologie, sociologie, législation, etc.).
Bien sélectionner les opérateurs, selon des critères tels que leur adhésion aux standards internationaux relatifs aux bonnes pratiques et aux meilleures technologies, leur expérience et la possession de certificats d’assurance en relation avec les risques spécifiques offshore.
Délimiter les zones d’opération selon la sensibilité des milieux et leurs fonctions économiques (interdiction à l’intérieur des aires protégées existantes ou en cours de création).
Stimuler le fonctionnement d’une plateforme nationale de dialogue sur les activités pétrolières et gazières. Le Parlement, la Cour des comptes, les élus locaux ainsi que la société civile doivent être en mesure de participer aux décisions.
Ratifier les Conventions internationales pertinentes, notamment celles de L’Organisation Maritime Internationale et la Convention d’Abidjan.

Les partenaires du PRCM contribuent de façon importante à promouvoir les bonnes pratiques du secteur de plusieurs façons :
- Production d’information technique et vulgarisée (voir liste ci-dessous) en plusieurs langues
- Formations en ateliers organisées notamment par le WWF
- Conseil aux gouvernements, aux agences spécialisées et à la société civile.
- Groupe de Travail Industries Extractives et Pétrole (Gouvernement et société civile en Guinée Bissau)
- Conseil technique auprès de l’Agence AGC avec le WWF et Oxfam pour la réalisation d’une Evaluation Stratégique Environnementale relative aux forages offshore frontaliers Sénégal/Guinée Bissau
- Visite d’étude au Nigeria au profit de Parlementaires, journalistes et ONGs
- Panel d’experts indépendants en Mauritanie avec l’appui de l’UICN Mauritanie
- Contribution à la préparation d’un protocole additionnel sur le thème à la Convention d’Abidjan avec le soutien de l’IDDRI
- Cartes de sensibilité de la Mauritanie et de la Guinée Bissau
- Création du Master International GAED sur la gestion des industries extractives avec le soutien technique des Universités de Nouakchott et de Saint Louis