Changement climatique sur le littoral ouest-africain

Ce focus sur le changement climatique (CC) sera présenté en 3 épisodes

  1. Les prévisions des météorologues – les conséquences sur l’environnement littoral – les conséquences sur la biodiversité marine et côtière
  2. Les conséquences socio-économiques : pêche, agriculture, tourisme, infrastructures côtières et urbanisme, santé
  3. Les mesures d’adaptation et d’atténuation

 

Ce que les météorologues prévoient pour le futur en AO

L’amplitude du CC dépendra des mesures qui seront –ou non – prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre produites par les activités humaines, en particulier dans les pays du nord. Selon les modèles développés par les météorologues du GIEC, notre sous-région doit s’attendre aux changements suivants : une augmentation des températures qui atteindra entre 3°C et 6°C d’ici à la fin du siècle, voire plus tôt selon certains scenarios ; une diminution (de 20% à 35%) et une irrégularité des précipitations, avec possiblement un retard du début de la saison des pluies ; une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes (canicules, averses orageuses, vents violents) ; une élévation du niveau marin comprise entre 40cm et 80 cm qui pourra être localement amplifiée par l’importance de la marée, la force du vent ou des houles océaniques provoquées par les tempêtes au large. Si les prévisions sont relativement nettes pour les pays situés au nord de la Gambie, elles sont moins précises plus au sud en ce qui concerne températures et précipitations. Le Sahel et l’Afrique de l’ouest sont considérés dans leur ensemble comme des régions de forte sensibilité au CC.

Les conséquences sur l’environnement littoral

Il est encore difficile de prévoir toutes les conséquences du CC d’autant qu’elles vont se conjuguer avec les impacts actuels des activités humaines. On peut cependant retenir les aspects les plus importants à savoir : une salinisation des terres qui affectera l’agriculture et la qualité de l’eau potable sur le littoral ; une réduction du débit et le tarissement des fleuves, affectant la disponibilité en eau douce et les risques de conflits d’usage ; l’inondation de milieux littoraux : dans l’hypothèse d’une montée du niveau marin dépassant 1m le Saloum, l’estuaire de la Gambie, les villes de Nouakchott, de St Louis ou de Banjul et les infrastructures touristiques de bord de mer  seraient en grande partie submergés. Combinées avec des houles générées par les tempêtes, les inondations pourront provoquer des désastres. Sont également prévues une érosion côtière accélérée dont on peut déjà percevoir les impacts et une acidification des océans. Des incertitudes pèsent encore quant à l’évolution de l’upwelling du courant des canaries. La plupart des observations suggèrent un réchauffement depuis les années 80, induisant des changements dans la composition des espèces (favorable à la sardinelle ronde dans les eaux mauritaniennes par exemple). Des synergies entre la température de l’eau et l’acidification de l’océan pourront influencer nombre de processus biologiques.  

Conséquences sur la biodiversité marine et côtière

Le réchauffement des océans, déjà mesurable à 2000m de profondeur, entraine un déplacement des espèces tropicales vers des latitudes plus tempérées (vers le nord pour ce qui concerne notre région) ou vers des eaux plus profondes et plus froides. Certaines espèces pourront connaitre des difficultés pour faire cette migration si la connectivité entre leurs habitats de prédilection est insuffisante. Les espèces de grande taille, aptes à parcourir de grandes distances et ayant une reproduction pélagique (en pleine mer) éprouveront moins de difficultés. Si le niveau de population des espèces qui peuvent difficilement se déplacer vers le nord se voit trop réduit, à cause de la surpêche notamment, ils auront plus de mal à s’adapter génétiquement aux nouvelles conditions du milieu et pourraient disparaitre. Les oiseaux de mer se nourrissant en plongée (les Fous de Bassan ou les sternes par exemple) pourront éprouver plus de difficulté à se nourrir si les poissons se maintiennent plus en profondeur en raison de la température de l’eau. Le réchauffement du climat entrainera un déséquilibre des populations de tortues marines dont le sexe à la naissance est déterminé par la température du sable sur les plages de ponte (plus cette température est haute et plus la proportion de femelles est élevée). On assistera au développement d’espèces invasives impossibles à contrôler telles que les méduses ou les algues. On se souvient ainsi de la prolifération des algues observée en 2011 en Sierra Leone qui a provoqué une diminution de près de 40% des captures des pêcheurs artisans.

La montée du niveau marin affectera les milieux côtiers. Si la mangrove, en réaction à cette évolution, ne peut pas se déplacer progressivement vers l’amont faute d’espace disponible, ou empêchée par le développement d’infrastructures côtières, elle disparaitra. Cette disparition aura elle-même des conséquences négatives sur la reproduction des ressources halieutiques (poissons, crevettes, huîtres), sur la faune sauvage (oiseaux, lamantins), sur les capacités de stockage de carbone et sur la protection du littoral. Par contre il semble que les herbiers marins pourront profiter de la montée du niveau de la mer par extension des surfaces disponibles sur les vasières. La majeure partie des îlots sableux utilisés par les oiseaux marins pour se reproduire sera submergée, de même que les plages utilisées par les tortues marines pour pondre.

L’acidification des océans aura des conséquences négatives sur les organismes à structure calcaire tels que les coraux ou les coquillages, d’autant plus que ces espèces ne peuvent pas ou mal se déplacer pour chercher de meilleures conditions écologiques.